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Mai 2017: OUI à la liberté et à la vie, NON à la peste brune

Le parti du racisme ordinaire (mais méthodiquement dissimulé), de la haine de l’étranger (travestie en nationalisme), du révisionnisme historique (qui s’exprime par à coups, échappant à son contrôle), du chauvinisme cocardier sécrétant la phobie de l’Europe, du passéisme nostalgique de l’ancien régime (celui de 1940 comme celui de 1815 et d’autres moments réactionnaires de notre histoire), des fraudes au Parlement européen, ce parti là, dimanche dernier, a recueilli 21.30% des voix soit 7 679 493 votes (juste 1 million de moins que E. Macron, mais 1 200 000 de plus qu’avec la même candidate au premier tour de 2012). Dans notre Occitanie elle arrive en tête (de peu mais première) devant E. Macron, J.L.Mélanchon et F. Fillon, dans l’ordre; dans cette région elle gagne 6 départements (Pyrénées Orientales, Aude, Hérault, Gard, Tarn, Tarn-et-Garonne), E. Macron 5 (Lot, Aveyron, Gers, Haute-Garonne, Hautes-Pyrénées), F. Fillon 1 (Lozère), et J.L.Mélanchon 1 (Ariège) . Elle se trouve en tête dans 47 départements (sur 101) et 216 circonscriptions législatives (sur 577).  Le pays, même pas surpris, ou choqué, constate l’extraordinaire banalisation de ce phénomène: l’extrême droite est aux portes du pouvoir.

Il faut arrêter cette résistible ascension tant que nous le pouvons: non seulement par  sa défaite au deuxième tour le 7 mai mais en limitant au maximum le nombre de ses voix et son pourcentages final. Seul le vote Macron tend vers cet objectif: les bulletins nuls ou blancs tout comme l’abstention servent objectivement, mathématiquement, les intérêts du « Front National ».

Donc le temps n’est plus aux finasseries, aux états d’âme, aux calculs stratégiques, aux votes « révolutionnaires ». Toutes les tergiversations, tous les atermoiements sont des actes de collaboration, je n’emploie pas ce mot par hasard. Certains disent même voter pour cette candidate de manière à construire d’emblée une opposition à Macron, sans mesurer qu’ils risquent de provoquer son élection, celle de le candidate du FN . D’autres, au raisonnement encore plus tordu, se demandent s’ils ne vont pas laisser passer le FN pour faire barrage au social libéralisme qui risquerait de faire à terme le lit du FN…Se voulant plus rusés, certains groupes politiques ou religieux disent leur opposition à la candidate FN mais sans imposer le vote Macron laissant ouvertes toutes les autres possibilités qui, je le redis, sont objectivement favorables à cette candidate. D’autres, choisissant la facilité, profiteront du long week end (celui de la victoire sur le nazisme!) pour éviter de penser en se livrant aux plaisirs du vote buissonnier. Enfin il en est qui disent qu’ils ne diront rien alors qu’ils ont rassemblé des millions ( 7 060 885 exactement) de suffrages d’électeurs auxquels ils ont offert une immense espérance qui se révèle (non par l’échec mais par ce silence devant le péril du fanatisme fasciste) une illusion désespérante. Pourtant le chef de file des insoumis appelait en 2002 à se saisir « du bulletin de vote Chirac…Quelle conscience de gauche peut accepter de compter sur le voisin pour sauvegarder l’essentiel parce que l’effort lui parait indigne de soi? »

En 2002 la France entière s’était levée pour barrer la route à J.M. Le Pen. En 2017 la présence de sa fille en finale de l’élection présidentielle, après ses nombreux succès dans les scrutins intermédiaires, semble banale à beaucoup. Je renvoie à mon article dans ce bloc notes « Le nouveau monde, suite » pour que chacun retrouve le souvenir de l’accession légale au pouvoir de Mussolini, Hitler, Pétain (aujourd’hui Poutine, Erdogan).
Aujourd’hui, dans notre pays qui inventa la liberté constitutionnelle , la fabrication d’une dictature (ou d’une démocrature pour employer une terminologie plus actuelle) est possible par le recours conjoint, par la présidence de la République, à l’article 16 (qui permet au président, sous sa seule signature, de cumuler l’intégralité des pouvoirs législatif et exécutif, sans aucun contrôle ), à l’usage du référendum, aux lois sur l’état d’urgence (toujours en vigueur) et aux textes issus des différentes lois anti terroristes. Et les forces de l’ordre obéissent toujours, l’histoire nous l’a prouvé, au pouvoir en place. Les liberticides ne perdent pas de temps et quand les forfaits sont accomplis il est trop tard, les peuples sont asservis (y compris et sans doute surtout par le recours aux nouvelles technologies, qui rendent l’esclavage plus « doux »).

Il est temps de se réveiller et les spectres horribles de Jean Marine Le Pen et de Marion Maréchal « nous voila » Le Pen nous l’imposent. N’oublions pas que nous sommes les enfants des patriotes de l’an II de notre Révolution qui portèrent les couleurs de la liberté aux quatre coins de l’Europe, des trois glorieuses de 1830, de la seconde République de 1848, de la Commune, du Front Populaire, de la France libre, du Conseil National de la Résistance (les Jours Heureux) et que la Marseillaise est encore chantée partout où et quand les peuples se libèrent des servitudes. Oui nous sommes les enfants de la patrie universelle, mais il ne suffit pas d’en être fier, il faut le mériter. Le moment est venu. Ce geste n’est vraiment ni dangereux ni difficile.

Post scriptum 1: dans ce billet je n’évoque pas les autres dangers considérables du programme du FN: appauvrissement généralisé de la France et des français par le « Frexit » suivi de la dévaluation du franc, effondrement de l’économie par la fermeture des frontières, politique étrangère privilégiant les relations avec les autres dictatures ou régimes durs, régressions sociales et sociétales…Mais cela existe aussi.

Post scriptum 2: une lecture, ou relecture très utile. Il s’agit d’un texte rédigé par un adolescent, entre 16 et 18 ans, que son amitié avec Michel de Montaigne et d’autres travaux ont rendu célèbre, le Discours de la servitude volontaire par Étienne de La Boétie (1576). Cet écrit fondateur présente un réquisitoire contre l’absolutisme et interroge la complaisance, voire la complicité des sujets ou des peuples asservis à l’esclavage qu’ils subissent. Quatre siècles plus tard Rosa Luxemburg : « Ceux qui ne bougent pas ne sentent pas leurs chaines »

Le printemps avant l’hiver?

En ce mois d’avril partout la vie explose: après les jonquilles et les violettes saluant la fin de l’hiver, les rouges camélias offrent leurs couleurs flamboyantes à ce beau printemps, bien vite rejoints par les azalées, les lilas et les rhododendrons. Les cytises tendent leur jaune miroir au soleil; les jardins exultent, partout la germination de la vie repousse les froidures et les jours s’allongent pour chasser les obscures nuits d’hiver. Dans les jardins, au long des routes et des chemins c’est la joie.

Dans cette allégresse  voulez vous vous faire plaisir, cette frénésie de couleurs renaissantes vous entraine-t-elle vers l’insolence, le courage de « dégager » ceux que vous n’aimez pas? Ne vous privez donc pas de renvoyer l’extreme droite et la droite extreme à leurs passés et passifs.

Mais si, par ailleurs, vous voulez vraiment, en toute conscience, voter Mélanchon, Hamon, blanc ou vous abstenir, faites le aussi. Vous récusez le vote utile et choisissez le vote futile, c’est parfaitement votre droit, d’autant plus que c’est peut être pour la dernière fois. En effet si le 7 mai à 20 heures, le résultat final signe l’heure des périls pour la République, la sortie de l’Union Européenne, l’écroulement économique, la résurgence de l’esprit raciste de Vichy, il sera trop tard et chacun devra faire face à sa responsabilité. Quelle ignominie pour l’image et le visage de la France, quelles inquiétudes en Europe, quelle tristesse dans le monde. Quelle faute pour les apprentis sorciers qui auront rendu le futur indésirable (litote), l’histoire tragique et par le choix du plaisir d’un instant , imposé la perpective d’un long hiver pour les droits de l’homme et leur patrie.

Rappel, à toutes fins utiles: l’article 16 de la constitution et le voie référendaire ouvrent aisément la porte à l’instauration d’une dictature (cf. les prises de pouvoir légales de Mussolini, Hitler, Pétain) ou d’une démocrature (Poutine, Erdogan..), à tout le moins d’un régime autoritaire. Le lendemain il est trop tard.

Autre rappel: je n’ai pas peur pour moi, la vie m’a enseigné les vertus de la résistance. Et à mon âge…Non mon souci se porte sur les générations montantes, enfants et petits enfants. Je ressens fermement un devoir, une responsabilité à leur égard.

Les lendemains qui déchantent

Cette élection n’ouvre pas la possibilité d’un vote plaisir et joyeux mais impose la nécessité d’éviter le déplaisir d’une hideuse défaite de la République, de la démocratie représentative et de l’Europe. Le psychanalyste est averti des périls auxquels expose le principe de plaisir.

Appliquant la distinction de Max Weber, je dois cette fois ci renoncer au charme excitant de l’éthique de conviction et obéir à celle de responsabilité, le but premier et absolu étant de barrer la route à la candidate du Front National, mortel et durable danger, but auquel tout doit être subordonné.

Pour atteindre cet objectif, le meilleur – pour ne pas écrire le seul- choix s’incarne dans le candidat d’En Marche, le plus rassembleur, si toutefois il se qualifie pour le deuxième tour. Et donc de voter pour lui dès le premier. Je ne peux évidemment pas voter pour aucun des deux candidats présumés délinquants (Le Pen et Fillon) et non plus pour les « petits » candidats qui n’ont aucune chance de figurer au second tour (dont Hamon malheureusement).

Choix par défaut, ou par dépit ? Pas seulement, car quelle que soit la sympathie que suscitent le candidat des insoumis, sa culture, sa verve et son engagement ,il y a dans son programme et sa gouvernance actuelle de nombreuses raisons de s’inquiéter. Si dans un face à face avec le FN, je peux raisonnablement redouter sa défaite et l’arrivée au pouvoir de la formation raciste et antidémocratique d’extrême droite, sa victoire (pourtant mille fois nécessaire et souhaitable dans ce cas de figure) peut aussi, par divers aspects, alarmer.

Quelles sont mes appréhensions?

1° Dans un monde redoutable (Trump, Poutine , et consorts au Moyen Orient et en Asie) ce candidat veut toutefois exfiltrer la République française de l’Europe et de l’Euro, et se rapprocher des positions de la Russie;  par ailleurs mention est faite d’une association avec l’Alliance bolivarienne pour les Amériques (Alba) de Fidel Castro et Hugo Chavez , avec quelques pays d’Amérique latine et comme observateurs la Syrie et l’Iran (comprenne qui pourra ).

Son ami Poutine s’est déjà emparé de la Crimée et d’une partie de la Géorgie (par la force militaire), maintient le Kosovo dans un statut ambigu, menace implicitement les trois pays baltes, Lituanie, Lettonie et Estonie, et à la limite la Moldavie et la Pologne. Le candidat ne formule aucun jugement sur ces conquêtes impériales mais émet le désir de « rediscuter de toutes les frontières de l’Atlantique à l’Oural ». Il ne faut pas ouvrir la boite de Pandore.

Son amitié pour Chavez (puis Maduro), pour Fidel (puis son frère) porterait à sourire si les politiques économiques de ces  » leaders emblématiques » n’avaient pas conduit à la ruine totale du Venezuela et de Cuba. Sans parler des droits de l’Homme.

Au Proche Orient, il attaque sans cesse les « mercenaires »  d’Arabie saoudite, du Qatar, de Turquie mais demeure terriblement silencieux sur les chiites de Damas (les gazeurs), d’Iran et du Hezbollah libanais, tous manipulés et coordonnés par la Russie.

Dois-je redire que l’organisation du « Frexit » (après six semaines de palabres et un referendum) est une insulte à notre sécurité, notre stabilité, notre espérance et notre histoire? Je le redis.

2° Le désir d’aller vers une nouvelle République, pourquoi pas? Il faut réactualiser, tenir compte d’un contexte totalement métamorphosé en 60 ans, mais pas par ces procédures et avec ces desseins. Oui cette Constituante (interdite à tous les anciens parlementaires de la Vème République), la révocation des élus par referendum, le referendum d’initiative populaire (au risque du rétablissement de la peine de mort et d’autres régressions sociétales), l’instauration de la proportionnelle intégrale (dans notre pays, en 2017, un électeur sur deux forme un vote de refus radical) ouvrent la voie au totalitarisme (à tout le moins à l’autoritarisme) et au populisme (en tout cas à la démagogie). Ce que nous refusons au FN,  nous ne pouvons l’autoriser à la « France insoumise ».

3° Pour la politique économique, je ne suis pas en mesure d’en juger (les économistes eux mêmes ne parviennent pas à s’accorder, chacun des « grands » candidats a les siens) mais force est de constater qu’il n’y a pas de chiffrage précis, que les dépenses nouvelles considérables (évaluées en centaines de milliards) ne sont pas compensées par des recettes, que dire de la dette: « c’est de la rigolade » (tous nos compatriotes qui ont souscrit un emprunt comprendront l’irréalisme de cette saillie), que la sortie de l’Europe et de l’Euro ne peuvent conduire qu’à un appauvrissement catastrophique de la France et des français.

Je n’oublie pas les tristes exemples: Tsipras  et Syriza en Grèce, la gouvernance municipale de Podemos en Espagne et des 5 étoiles de Beppe Grillo en Italie, la lamentable dérive de Jeremy Corbyn en Angleterre qui n’a rien fait de sérieux pour empêcher le « Brexit ». Tant d’autres vendeurs mensongers de rêves impossibles.

UNE ÉTRANGE ATMOSPHÈRE

Nous vivons une période bien particulière, dans le monde comme dans notre pays. Jamais les progrès des connaissances n’ont été aussi rapides, les mutations économiques, sociales et sociétales aussi profondes, les développements à venir aussi incertains; la compréhension d’un monde complexe, indéchiffrable et imprévisible, nous échappe.

Cette confusion énigmatique s’accompagne d’un sentiment général de désillusion, de déconvenue, de désenchantement et finalement de colère : ce que je ne peux comprendre, ce qui m’apparait comme un avenir d’autant plus inquiétant que je vis mon présent comme arbitraire et injuste, nourrit en moi une rébellion où la passion prend le pas sur la raison.

Une étrange excitation s’empare de beaucoup d’entre nous qui, las d’être déçus, tristes de se sentir déprimés, épuisés de ne jamais voir la fin de la « crise », effondrés de ne pouvoir promettre à leurs enfants l’ascenseur social de jadis, veulent décompresser, se libérer, se « défouler ». Au moins se faire plaisir, in fine, avec ceux qui disent non, qui sont contre le « système » (tout en aspirant à y entrer et à le diriger), qui dénoncent à défaut d’énoncer.  La radicalisation ne menace pas seulement une jeunesse désorientée et ouverte aux discours extrémistes, mais aussi tous ceux qui sont ou se vivent « laissés pour compte ». Dans l’ultime semaine avant le vote ces citoyens désabusés, peut être désespérés, ont choisi Trump, ont voulu le « Brexit », il y a quinze ans ils ont qualifié Jean Marie Le Pen et éliminé Lionel Jospin, et le lendemain ce fut, pour tous, la gueule de bois. C’est cher payé l’esprit de revanche, la jouissance d’un moment au prix des douloureuses désillusions voire de souffrances durables pour de nombreuses années.

Nous, chacun et tous, valons plus que cette fascination par le vide, ce vertige du risque, cette aspiration au hasard comme destin. La « Française des jeux » est là (Panem et circenses) pour répondre à ce besoin primitif, de l’ordre de la pensée magique. En dépit des difficultés, ou peut être, en raison de ces difficultés, ayons la force et le courage de refuser la suspicion généralisée, refusons les commodités apparentes et éphémères du populisme, qui vire rapidement au nationalisme et au totalitarisme. Nous méritons mieux que cet avenir passéiste que veulent nous imposer les déclinistes qui ne croient ni en nous, ni  au progrès, ni en la France, ni en l’Europe.

Je nous souhaite, à toutes et tous, d’écarter les monstres du passé totalitaire, les illusions romantiques des rêves irréels et d’épouser le futur. En Marche!